Miniature toute faite
Après Lithium, c'est Taian Akita qui pose la question cette semaine :
Il y a-t-il une ou des phrases toutes faites, maximes, dictons, citations...qui vous insupportent tout particulièrement ? Pourquoi ?
L’expression qui m’insupporte le plus, c’est : « Prendre sur soi »…
Lorsqu’on a le malheur d’avouer que quelque chose ne va pas, à la suite de la rituelle question « ça va ? » justement, (J’ai lu la réponse de Benoit ), qu’on a le moral dans les chaussettes, qu’on traverse une sale période, qu’on est en plein cafard, qu’on franchit un mauvais cap, essuyant coups de tabac sur coups de tabac, coups de blues sur coups de blues, et qu’on se demande si l’on ne va pas carrément finir par sombrer, et que sais-je encore, quand le ciel pèse comme un couvercle, quand l’avenir ressemble à un couteau sur la gorge d’un condamné, il y a un moment où l’on n’a plus ni le courage, ni l’envie, ni même la possibilité de faire semblant…
Et alors là, mais jamais tout de suite — C’est souvent après qu’on ait livré un début de confession, croyant être dans une relation de confiance avec son interlocuteur — L’expression toute faite tombe comme la lame de la guillotine :
« Oui, mais aussi, il faut un peu prendre sur toi ! »
C’est la phrase la plus terrible qui soit, celle qui engendre le pire sentiment de culpabilité que l’on puisse éprouver, qui donne l’impression d’être un parfait incapable : je veux bien prendre quelque chose, à la rigueur, mais où ? Si je suis dans cet état-là, c'est justement après avoir cherché partout comment en sortir, après m'être débattu, après avoir essayé de m'agripper à la falaise...
Sur moi ? Et où donc sur moi ? Dans quelle partie reculée et inexplorée de mon cerveau ? Où dois-je me racler, où dois-je me presser pour extraire ce précieux élixir ?
Bon Dieu ! Que dois-je prendre sur moi à la fin ?
C’est pour ça que, maintenant, je réponds toujours que ça va.
Bien sûr, certaines fois, les gens ne sont pas dupes.
Tant pis pour moi.
Tant mieux pour eux.
pas vraiment une miniature pour moi, mais plutôt une attitude baignant dans l'hypocrisie la plus totale.
Une variante du prendre sur soi, qui serai pour résumer se culpabiliser à l'idée qu'il y en a qui souffrent plus que toi donc (cqfd) tu n'as pas le droit de souffrir. (Ah ? et c'est aussi valable pour eux dis ? ou c'est juste pour moi ?)
Derniere en date mon dentiste, qui devant ma tête à la vue de l'aiguille (cinquième anesthésie en dix minutes) me pond un splendide : En Asie ils ...
Il n'a pas eu le temps de finir sa phrase. J'étais à deux secondes de l'anesthesier avec sa propre aiguille.
Rédigé par: arcadia | mars 03, 2005 at 05:01 PM
«Prendre sur soi»... C'est vrai qu'elle est exaspérante, celle-là!
Comme si l'on était en perte de contrôle volontaire! Ben voyons!
Le mot sous-entendu - je crois - est «contrôle».
On dit «prends sur toi» parce que l'on ne sait foutrement pas quoi faire quand quelqu'un affiche un quelconque désarroi émotif. Pas bon ça les émotions! Alors, comme on ne sait pas quoi faire avec, on les refile à notre interlocuteur qui a eu le culot de penser qu'il pouvait partager les siennes avec nous.
Et il y a peut-être un peu de peur, là, tout au fond. Peur que si l'on s'ouvre à entendre ce que l'autre dit vraiment, ce que nous on ressent va aussi sortir. Et là, comble de malchance, on risquerait de se faire dire «prend sur toi!»
Et, hors propos, merci pour le lien. C'est bien chez toi, je vais revenir!
Rédigé par: Benoit | mars 03, 2005 at 06:07 PM
Merci Arcadia et Benoit pour vos commentaires.C'est tout à fait vrai que lorsqu'on s'entend dire que l'on n'a pas le droit de se plaindre parce qu'il y en a qui sont gravement malades ou handicapés, c'est à hurler !
C'est certain qu'il y a une grande part de peur dans les réactions des gens qui se sentent totalement désemparés face à la douleur morale. Nous n'aimons pas l'impuissance et nous vivons dans une société qui ne nous apprend guère à l'aimer !
Rédigé par: Jean-Pierre | mars 03, 2005 at 10:03 PM
Oui, quelle phrase terrible. Je comptais en parler aussi. Pour l'avoir trop entendue ces dernières années, elle m'a enfermée dans un sentiment de culpabilité qui me pèse dessus comme un couvercle de plomb.
Rédigé par: Taian Akita | mars 04, 2005 at 09:08 AM
Ah bon ? Tu comptais vraiment en parler ? Alors là, c'est assez fort : quand on disait que nos chemins n'en finissaient pas de se croiser et de s'entrecroiser, on ne croyait pas si bien dire !
Rédigé par: Jean-Pierre | mars 04, 2005 at 11:48 AM
...ça devrait me faire pleurer mais ça me tire un sourire: je l'ai tellement entendue celle-là! Servie en chaud-froid avec sa sauce aigre-douce.
En fait je crois que la personne qui dit cela ne veut surtout pas être contaminée par vos problèmes, et elle ne veut sous aucun pretexte en boire jusqu'à la lie. L'important est "que vous la fermiez". Et si au passage elle rajoute une couche sur votre souffrance , tant pis, vous n'aviez qu'à pas commencé!
Pourtant à force de "prendre sur soi" on en arrive parfois a être totalement nu et on aurait bien besoin d'une petite laine affectueuse, non?
Bise Thisbé
Rédigé par: Thisbé | mars 04, 2005 at 01:03 PM
Et celle-ci: il faut savoir faire des concessions... Elle n'est pas mal non plus...
Rédigé par: lithium | mars 04, 2005 at 01:18 PM
Oui, la petite laine affectueuse me semble un excellent contre-poison...
Faire des concessions, avec son corollaire :
"Tu ne penses qu'à toi !"
Rédigé par: Jean-Pierre | mars 04, 2005 at 02:07 PM
Pareil, j'ai horreur de "il faut prendre sur toi" J'ai essayé de l'expliquer à plusieurs personnes : prendre quoi ? quand on se sent nu et démuni... Je sais aussi qu'avec certaines personnes, il me faut toujours dire que je vais bien... heureusement c'est souvent le cas ! Bises Jean-Pierre et bon week-end
Rédigé par: Pralinette | mars 04, 2005 at 04:49 PM